«Je sens rien que je te dis!! Le gros neutre. Pas de hâte, d'envie, d'excitation, de peur, de rien!» C'est mon discours ces temps-ci. Je l'ai servi à la Schtroumpfette et à Ti-cul Dupuis. Deux oreilles attentives, que j'imagine pas encore lasses de mes épanchements.
J'éprouve quand même quelque chose, peut-être la seule: l'angoisse. L'angoisse de pas savoir écrire sur le blogue, l'angoisse que ça emmerde les gens (quoi que je ne casse de jambes à personne), l'angoisse de ne plus ressentir, de ne plus refaire de sport jamais, de ne plus avoir d'énergie jamais et de dormir toujours. Facque je suis aller voir le doc. Dépression, il me dit sans même me regarder. PRENDS TA RETRAITE CONNARD! J'y retourne 1 mois plus tard. C'était pas le même. Beaucoup plus proche de la race humaine celui-là. Il a écouté le discours, émis des opinions pertinentes, des hochements et grognements appropriés.
Ça m'a mené à la super clinique nucléaire du CHUM à St-Luc. Veuillez noter qu'à St-Luc le 1er étage est DESSOUS le rez-de-chaussée. Non mais vraiment... très très astucieux. J'ai cherché jusqu'à l'écoeurement l'admission pour avoir ma tite cacarte bleue de St-Luc parce que celle de Notre-Dame ça marche pas.
Monte au 3e (il est bel et bien au-dessus du 2e, j'ai pas vérifié si c'était le 4e après... désolée) Injection d'isotope radioactif, qui vraisemblablement connaissent le chemin pour se rendre à ma thyroïde, 15min d'attente pour ensuite me coller le menton sur une immense gogosse qui prend des photos de ma glande rendue verte fluo. 1,2,3 on frenche la machiiiiiiiiiiiiiiiiiine. Tenir la pose 2min.
C'est ben la dernière chose que je vais frencher cette année. Je me suis renseigné sur le traitement si les résultats le prescrivaient demain. 1 jolie dose d'iode radioactif. 48hrs toute seule. Pas de bébé, pas de femme enceinte. (J'aime pas les enfants, mais c'est pas une raison de les crever dans le ventre de leur mère façon Tchernobyl) Se tenir à 2 mètres des gens pour les 5 jours suivants. Et surtout, c'est là que la déception risque de frapper: je ne peux échanger mes fluides. La patience sera donc de mise jusqu'en 2011. Toi qui m'admire secrètement n'ait crainte. Garde ta langue et tes autres appendices, je ne peux, avec immense regret, satisfaire à ce désir, à cet amour que tu me portes si violemment.
Ceci-dit la dose d'isotope a été je sais pas, trop forte ou pas assez, mais je me suis retrouvée avec un cadeau de Noël de dâââââââme natuuuuuure. Merci. Y'a 2 conséquences directes: je me rue sur la 1ère bouteille d'Advil. Je me rue sur le 1er bout de chocolat. J'ai fait un stop à l'épicerie. Du cheddar extra fort , une boîte de Pot of Gold cheap, pas bon et pour lesquels je m'efforcais de faire une face de fille qui achetait pour la visite à venir alors que je savais honteusement que j'allais me les farcir un après l'autre. (D'ailleurs j'aurais du prendre des Turtles) et une boîtes de cannes de Noël question d'accentuer l'effet «c'est pour la visite» Un monsieur à la caisse. Vieux manteau poussiéreux, petit yeux bleu plissés, tuque enfoncé sur la tête. Il me tend sa main crasseuse. 11 cents. Dans l'autre main une pizza au tomate encore plus cheap que ma boîte de Pot of Gold. Il marmonne quelque chose en me montrant la pizza et me tend l'autre main. Les 11 cents cliquettent. Je fais mine de pas comprendre. Il repart. Désemparé. C'est là que c'est arrivé. J'ai senti. La honte, la culpabilité, l'égoïsme de ma boîte de chocolat de merde. AARRRGH. Y'é où le monsieur là?!?! «Madame la caissière, y'a un monsieur, il veut une pizza, prend 2 piastres, si tu le vois j'y paie»
Le souper m'attendait, pas de miracle, juste les restes de la veille. Je l'ai saupoudré de fromage râpé. J'ai mangé mes bouchées chololatée pour dessert en regardant Falbala ondulée à Ciné-Cadeau. Bitch!