Marcel était entassé parmis tant d'autre Marcel, de Rénald, de Maurice et de Gilbert. Ils ne pouvaient que s'appuyer l'un sur l'autre pour dormir, pas moyen de s'étendre. Le sac toujours sur les épaules, le fusil à la main, tanguant au rythme de l'Atlantique. Cela faisait quelques jours déjà qu'il avait quitté Montréal. Cela s'était passé très vite, de la rumeur d'une guerre européenne, à l'invasion de la Pologne par les allemands jusqu'à la conscription au Canada. Marcel aurait voulu découvrir le monde mais pas nécessairement de cette façon. Demain, il serait à Dieppe et à l'aube il devra prendre cette barque, ramer avec ses camarades dans le seul et unique but de sauver la France et libérer son peuple. La nuit était complètement noire, aucune ampoule n'était allumée, aucune cigarette ne devait être allumée. L'idée de cette attaque surprise prenait lentement possession de lui et l'angoisse devenait de moins en moins controlable, surtout qu'il ne pouvait en fumer une. Valait tout de même mieux endurer la peur que de se faire repérer!
Puis l'aube pointa, Marcel sentait le gigotement de ses voisins qui tentaient de se dégourdir un peu. Les quelques murmurs entendus exprimaient l'agitation à peine contenue des soldats. Marcel savait, le moment était proche. Les hommes sur le ponts partiraient en premiers, mais son tour viendrait bien assez vite.
Le métronome du temps tic tacquait au ralenti.
Un coup de rame, une balle qui siffle, une vague.
Un coup de rame, un homme qui tombe, une vague.
Un coup de rame, trois balles qui sifflent, une vague.
Un coup de rame, une barque qui accoste, une vague.
Un pas, deux balles qui sifflent, une vague.
Un pas, un homme qui tombe, une dernière vague.
Marcel voyait des amis tombés, déchirés, morts. Dans la tourmente il tentait de survivre, les allemands avaient su. Perchés en haut de la falaise, ils ne faisaient qu'une bouchée de l'armée canadienne. Dieppe rougissait.
***
Pauline! Pauline! J'ai reçu un télégramme, Marcel est porté disparu! Pauline avait rencontré Marcel un an avant la guerre. Il y avait définitivement un avant la guerre, mais y aurait-il un après? Allait-on retrouvé Marcel. C'était son ami, mais son départ pour la guerre imminent avait fait prendre conscience à Pauline qu'elle aimait probablement plus ce garçon qu'elle ne le pensait. La simple idée de le laisser partir l'avait accablée. Maintenant son pire cauchemar se réalisait. Marcel avait disparu.
***
Marcel ne savait plus où il était. D'une certaine manière il avait réussi a gravir la falaise plus à l'ouest. Il se souvient d'avoir vu un ami cher périr au combat. Ils marchaient tous les deux dans la boue et s'enlisaient. Ils devaient creuser du mieux qu'ils pouvaient pour s'extirper de la vase. Quelque chose explosa, Marcel fut projeté à quelques mètres, son ami est mort sur place. La peau en lambeaux les membres épars. Il avait pris du retard. Les hommes morts ou trop grievement blessés devaient être laissés sur place, mais le choc avait stoppé Marcel. Il avait perdu son bataillon. Blessé, il fut ramené par un infirmier de la croix rouge afin d'être soigné.
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Pauline! Pauline J'ai reçun un télégramme, ils ont retrouvé Marcel! Il a été blessé à Dieppe, mais tout va bien. Ce n'était qu'une blessure mineure! Il est sauf! Il a même pu rejoindre son bataillon.
***
La vie en France s'était installée, le bataillon devait se rendre à Bruxelles en Belgique et les journées se répétaient en d'interminables marches. Marcel sentait la fatigue, mais devait rester aux aguets. Dieppe avait été toute une épreuve et beaucoup d'entre eux étaient restés sur la plage, mais les allemands pouvaient être aussi, sinon plus redoutables alors que vous ne les voyiez pas. Un jour ils entrèrent dans une ville qui semblait déserte. Des soldats partirent en reconnaissance afin de s'assurer qu'aucun ennemi n'était en vue. Tout sembla normal, ils firent signe aux autres de les suivre et se détendirent. On trouva une bâtisse que se tenait encore bien et on décida d'y passé la nuit. Ce serait bien pour une fois d'avoir un toit, comme on ne pouvait déjà pas faire de feu. Marcel s'installa et dévora sa ration. C'était limite infecte, mais il mourrait de faim.
***
Pauline! Pauline! J'ai reçu un télégramme, Marcel est porté disparu!
***
Marcel se réveilla et fut submergé par la douleur fulgurante qu'il ressentait au visage. Elle était vive, lanscinante, sans fin, elle le fit plonger dans l'inconscience. À son second réveil, il se senti mieux, reposé, il avait oublié la douleur, elle ne se faisait sentir que lorsqu'il bougait. Il voyait à présent l'infirmière auprès de lui. Il entendait l'eau couler dans un bol. Il sentait les onguents et la sueur. La tente bruissait au gré du vent. Tout ceci l'émerveillait. Il avait été brûlé au visage, les médecins avait fait plusieurs chirurgies et il était resté à peine conscient depuis des jours. Sa gérison était prometteuse et il pourrait bientôt rentrer chez-lui.
Papi, pourquoi tu m'as jamais raconté?

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