Réal Ménard, maire du chic HoMa, a récemment proposé d'envoyer les femmes de joie dans un coin sombre et tristement industriel du quartier. À la base je le félicite pour son beau programme. Depuis que j'ai emménagé sur la paisible rue Adam, je m'efforce d'encourager les commerçants à porter de pied. Particulièrement ceux de la rue Ste-Catherine qui en ont bien besoin. L'affaire c'est qu'il n'y a pas que des commerçants en manque de foule, il y a des travailleuses du sexe plus ou moins autonomes. La plupart du temps le pimp est caché dans son char parké en retrait. Les filles sont plantées sur les coins de rue. Des fois elles fument, des fois elles sont gelées du cerveau. En hiver sont gelées de partout. Des fois elles disent bonjour quand je les croise en allant à l'épicerie. Des fois c'est les clients qui me disent bonjour avec le langage de leur carosserie. Je marche. Tranquille. Et la y'a une mini-van qui me double. Elle s'arrête juste un peu devant moi. Je pige juste que la mini-van, elle veut se stationner, alors je vais mon chemin sans faire attention. La mini-van se dit alors que j'ai pas capté le message. Elle recommence donc son manège, encore, encore, encore, puis elle pars en trombe, honteuse de s'être méprise (ou exaspéré?). Bon je sais pas c'est quoi le plus pénible là-dedans. La mini-van veut me baiser. C'est pas un compliment. Elle pense que je suis une pute, c'est toujours pas un compliment. Je sais pas sur quoi la mini-van se base pour penser que je suis en train de bosser sur le trottoir, parce que, c'est pas ben fin, mais les filles sont disons... amochées par la vie, pis ben moi je me trouve pas amochée par la vie. Même si la mini-van pense que je suis la plus belle du coin c'est tellement pas un compliment que je me sens sale.
Monsieur le maire, ce qu'il faut c'est pas les envoyer dans un secteur glauque, catégorie film de série B. Moi je dis qu'il faut aller au bordel comme on va chez le coiffeur. Un bordel, une matronne, un gardien de sécurité à l'entrée. Pas de pimp. La fille loue une chambre à la matronne comme le coiffeur loue une chaise au salon. La mini-van prend rendez-vous avec une fille qui l'envoie illico à la douche. Et comme dans les grands salons elle lui offre: «Cappuccino? Thé? Voilà déjà la capote. Qu'est-ce qu'on vous fait aujourd'hui mon bon monsieur? Un missionnaire comme la dernière fois ou une p'tit levrette pour changer?» Le tout payable à la caisse plus les taxes et n'oubliez pas le pourboire.
Franchement je trouve ça génial. Un endroit comme ça non seulement il me dérange pas dans le quartier mais j'en ouvre un! Parce qu'il faut arrêter de penser qu'on va éradiquer la prostitution. Ça fait 5000 ans que ça dure. Aussi bien légaliser, règlementer, pis vivre avec.
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