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| 2008 |
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| Hier |
La photo de 2008 est un crime d'autoportrait sur webcam avec vue sur valise et lit pas fait. C'est juste si c'est pas un portrait devant miroir. Je viens tout juste de recevoir celle d'hier. C'était le party d'anniversaire d'un ami. On s'est fait un BBQ sur la terrasse sur le toit de son immeuble. Sympathique, bon enfant, musical. Je sais depuis de trop long mois que mon corps change. Parce que mes jeans étaient un peu trop serré à un moment. Parce que ma montre s'étrécicait sur mon poignet. Puis je l'ai ensuite remarquer dans les regard des autres dans l'autobus, dans les boutiques de vêtements, au restaurant. Pas tellement dans le regard de mes amis. Dans l'entourage familial on ne s'est pas gêné pour passer des remarques désobligeantes sur le choix santé à faire à la crêmerie ou dans des discussions à propos de préparation de dessert. Comme si je ne faisais que manger du sucre à la cuiller toute la journée.
J'étais très active avant. J'avais tellement d'énergie issue de ma colère intérieure et de mon exaspération globale face au monde que je me devais de la dépenser quelque part. Ça se traduisait par l'excès de sport. L'aviron d'abord au cégep. 3 fois par semaine j'étais levée à 3h45 du matin, j'enfourchais mon vélo Rosemont/Pie IX pour aller rejoindre un partenaire d'entraînement au métro Berri. On filait ensuite vers le canal Lachine pour avoir le cul fin prêt dans le bateau et commencer à ramer à 5h du mat. Pour maintenir la forme, puisque ce n,étais pas suffisant, ce régime était accompagné d'un programme d'entraînement en gymnase de 5hrs par semaine. Je n'ai fait qu'une saison. Ma vie collégiale se terminait sur une note somnolente.
Puis ce fut le spinning, encore une fois une seule session où j'expérimentais tous les styles de coup de pédale. Façon montée de montagne avec sprint au sommet aux push-up en pédalant.
Vint la piscine. Juste en face de chez-moi elle ne demandait aucun effort de motivation. Suffisait de regarder par la fenêtre pour sentir l'appel. 100-120 longueurs par jour, 6 jours-semaine. Soit 15 000 à 18 000 mètres nagés par semaine. La natation c'est comme voler. Et comme je voulais voler toujorus plus vite, je me suis inscrite au gym de mon boulot et j'ai demandé un programme exprès pour nageur. Ça tombait bien, le kiné qui était aussi notre coach, avait coacher des équipes de nageur après en avoir été lui-même un de compétition.
C'est là que j'ai commencé à prendre du poids et à me sentir fatiguée. Je suis allée voir un médecin qui, plutôt que de me demander quel était mon mode de vie après que je lui eu expliqué mon état, a simplement lancer d'un ton empli de jugement: «On va tester la thyroïde, mais généralement on suggère de faire de l'activité physique»
Mais ta gueule connasse!!! Elle assumait que je foutais rien de mes journées. La pétasse savait pas que ma seule vie était d'aller dans cette piscine.
Au final ma thyroïde avait rien, elle était juste un peu plus grosse que la normale comme mes épaules qui à force de battre des bras, ne passaient plus dans les cadres de porte.
Jogger était la solution. J'ai couru, couru, couru, couru. Forest Gump. Beau temps, mauvais temps, orage électrique, canicule, 5@7, rien pour m'empêcher d'aller gagner mon 2e souffle. C'est pour ça que j'ai l'air déçente sur la photo de 2008.
170lbs de coureuse. Imbattable. Inarrêtable. Indépassable.
Tout a basculé fin 2009. Y'avait plus le temps de courir, merci au mode production. Pire, mes tendons d'Achille étaient irrémédiablement meurtris.
J'ai bien essayé de reprendre la course dans Central Park et sur l'Hudson River Park (Conciliations vacances/travail), mais j'ai juste empiré mon cas.
Voilà, aujourd'hui j'ouvre mes mails. J'en ai tout plein de la part de Karine. Ce sont les photos d'hier. Et le choc est plus violent que tous les changements de garde-robe que j'ai dû effectué. J'ai vu cette photo et j'ai pleuré. J'ai pleuré pour l'état physique catastrophique. J'ai pleuré pour le silence des autres. J'ai pleuré parce que c'est comme si ça c'était produit en une nuit. Celle d'hier.
240lbs de désespoir. Fatiguée. Brisée. Harassée.








