Est-ce que ce dimanche n'était pas le plus beau dimanche que vous ayez jamais vu? Est-ce que le soleil d'automne n'enrichissait pas de sa radieuse lumière toutes les couleurs de l'homme et de la nature? La petite Karine et moi nous sommes jointes à cette palette bigarrée pour une longue promenade. Journée radieuse, fraîche et chaleureuse à la fois. Foule anonyme. C'était parfait pour les confidences, les promesses, les pardons et les serments.
Au détour de l'une de nos dérivations nous nous sommes vues, mille fois reflétées, dans les vitres glacées de voitures blanches. Une belle d'époque, charmante toute en rondeur et deux limo-SUV saveur hip-hop. Moins enchantées par les voitures que par l'idée de voir la mariée, nous sommes entrées dans l'église par une porte de côté en se promettant de bien se tenir. Nous sommes tombées nez à nez avec la mariée était cachée derrière. Sa robe de bal blanche contrastait sur sa peau ébène. Radieuse, confiante, magnifique, elle ne s'est pas préoccupée de notre présence. Karine et moi étions figée dans le portique, à la regarder. Un petit homme nerveux est alors passé devant nous et a autoritairement verrouillé la porte. Nous étions prises au piège. À peine le temps de se remettre de cette idée, la porte s'ébranla sans cèder. Le mouvement repris une deuxième fois et des coups retentirent. La mariée profitant de notre présence nous demanda de vérifier la porte. «Barrée» qu'on lui dit. «On va aller voir les autres portes et on revient» Nous sommes alors entrées dans l'église bondée. 4 ou 5 demoiselles d'honneurs cheveux remontés et robe bustier violette moulant leur corps, trépignaient d'impatience. Encore une fois nous n'avons à peine provoquer qu'un haussement de sourcils de leur part. 3 petites filles en robe blanche, portant des paniers remplis de pétals de rose se chamaillaient gentiment. Nous nous sommes précipitées vers la porte centrale: fouilli sur porte verrouillée. Notre dernière tentative sur la 3e porte ne fut pas plus fructueuse. Retour à la mariée, les coups, tout à l'heure polis, étaient maintenant plus qu'insistant.
Nous: «Toutes les portes sont fermées...»
Elle: «Demandez à une demoiselle d'honneur»
On va lui en chercher une: «Excusez-nous, mais la mariée voudrait vous dire un mot, les portes sont verrouillées et des invités arrivent encore.»
Elles: «Hein? Quoi? Comment ça? Il est ou M. Chose? En avant de l'église?? Faut aller le chercher, il a fermer la porte!»
Karine et moi, satisfaite de notre mission, nous sommes assises sur le premier banc qu'on a vu. C'est-à-dire, dernière rangée au fond dans un coin. On a vu la mariée sortir de sa cachette à pas de loup et s'engouffrer derrière une porte, puis le cortège d'invités qui se gelait la jambe nue pour madame et qui se brisait le point pour monsieur. Quelques instants plus tard, la musique résonna dans la nef, deux matronnes s'avancèrent dans l'allée tandis qu'une troisième, ajustait le voile, étalait la traîne et secouait la poitrine de la mariée, question qu'elle soit certe jolie, mais surtout plantureuse dans son bustier. Un air R&B marqua le tempo pour les garçons d'honneur qui remontèrent l'allée centrale pour accueillir les demoiselles en violet. Puis suivirent les petites princesses, jetant des pétals au sol. La mariée, menée par son père franchit le portail. L'assemblée tirée à quatre épingles se leva, iphone, appareil photo et cellulaire en main pour immortaliser le moment. À ce stade-là Karine filmait aussi en se moquant du fait que je pleurais déjà.
Nous avons discrètement quitté les lieux, avant qu'on nous y enferme une autre fois. Karine avait un souper pour l'action de Grâce. Ça l'aurait pas fait s'il avait fallu qu'on reste pour toute la cérémonie. Nous nous sommes remerciées d'avoir été présentes au bon moment, permettant in extremis l'accès à l'église à plus d'une quinzaine de retardataires. L'air frais nous ramena à notre conversation comme si les événements des dernières minutes n'avaient jamais eu lieu.